Interview de Me Floquet

 

Extrait du magasine Ceinture Noire (novembre 1999)

Pour Alain Floquet, la cause est entendue : « je pratique un Budo, et pas seulement une technique de combat ou de self-défense ». Pour lui, la science des armes est indissociable du combat à mains nues. C’est pour cette raison qu’il a tenu à inclure dans son enseignement le Katori Shinto Ryu, une école d’armes qui remonte au XVe siècle.

Ceinture Noire : Comment avez-vous débuté l’érude des arts martiaux:

Alain Floquet : J’ai d’abord pratiqué le judo, jusqu’à l’âge de dix-neuf ans. Puis en 1958, j’ai découvert l’Aïkido avec Jim Alcheik qui venait d’ouvrir un club à Paris, avenue Parmentier. Ce furent mes vrais débuts dans la voie des arts martiaux.

C.N. : Parlez-nous un peu de Jim Alcheik.

A.F. : C’était une personnalité hors du commun. Il venait d’effectuer un séjour de deux ans au Japon, chez Minoru Mochizuki, au Yoseikan. Il était passionné pour les arts martiaux. Avec maître Mochizuki, il avait pratiqué le Kendo, le Iai et l’Aiki Ju-Jitsu du Yoseikan. A son retour en France, il a créé la fédération française d’Aïkido- Tai-Jitsu et de Kendo. Il a été à l’origine du Kendo Français. Fidèle à l’enseignement du Yoseikan, il enseignait le Karaté, l’Aïkido-Tai-Jitsu et le Kendo. Il a eu comme élève Anton Geesink, le célèbre champion de Judo.

C.N. : Comment êtes-vous entré en contact avec Minoru Mochizuki ?

A.F. : C’était l’époque de la guerre d’Algérie. Donc à vingt ans je suis parti au service militaire. Un jour, j’ai appris par Henri Plée le décès de Jim Alcheik, j’ai alors écrit à maître Mochizuki afin de pouvoir continuer à suivre son enseignement. A mon retour du service militaire, j’ai repris le dojo de l’avenue Parmentier. Lorsque Hiroo Mochizuki est venu s’installer en France, je suis devenu son assistant. Je m’occupais surtout de l’Aïkido Yoseikan.

En 1970, j’ai rencontré maître Minoru Mochizuki pour la première fois. Par la suite, je suis retourné très fréquemment au Japon pour m’entraîner au Yoseikan. Je dirais que j’ai conservé dans ma pratique l’esprit et les concepts de maître Minoru Mochizuki. J’ai également étudié le Katori Shinto-Ryu auprès de maître Sugino et le Daito-Ryu avec Tokimune Takeda, fils de Sogaku Takeda.

C.N. : Qu’est-ce qui vous a amené à créer l’Aïkibudo ?

A.F. : Après le décès de Jim Alcheik, je me suis retrouvé relativement seul. Je n’avais pas vraiment de guide technique. Puis, avec Hiroo Mochizuki, j’ai fait des rencontres qui m’ont donné une vision plus large, j’ai acquis une meilleure compréhension de la dynamique du mouvement dans l’espace.

Ce que j’enseignais n’étais pas de l’Aïkido, mais l’Aiki-Ju-Jitsu de Minoru Mochizuki. J’ai longtemps travaillé dans cet esprit, et cela a donné naissance à une forme plus évolutive, plus dynamique aussi, basée sur la bio-mécanique, qui envisage l’être humain dans son ensemble. La pratique du Yoseikan s’est davantage orientée vers l’aspect self-défense, avec une part importante de Judo, notamment les sutémi. Alors que dans l’Aïki, il est primordiale de préserver la distance er d’utiliser la mobilité du partenaire.

Un jour au sein de la fédération d’Aïkido, on m’a demandé de nommer mon style Aiki-Ju-Jutsu

Alain Floquet s’est intéressé aux sources historiques de l’Aïkibudo. D’où son étude du Daito-Ryu et du travail des armes. Maître Sogaku TaKeda, créateur du Daito-Ryu, eut comme disciple Morihei Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido.

L’enseignement se fait au moyen de katas qui s’exécutent à deux.

 

Une expérience troublante :

En 1970, j’ai participé aux premiers championnats du Monde de Kendo à Tokyo. J’étais premier ou deuxième dan à l’époque et j’aimais beaucoup cette discipline. J’ai rencontré un sixième dan japonais pour mon premier combat. Au début de l’affrontement, j’ai vu une sorte de halo blanc lumineux : je ne distinguais plus mon adversaire. J’ai frappé dedans à deux reprises, et gagné mon combat. Au tour suivant, je rencontre un septième dan coréen. Le même phénomène se reproduit et je marque un premier point, et là je me dis : il faut que je gagne ce combat. J’ai commencé à faire attention à ce que je faisais, et il m’a marqué un point. Je me suis concentré davantage sur le combat et il m’a marqué un autre point. Ensuite j’ai réfléchi.

J’ai réalisé que j’avais marqué des points lorsque je n’avais pas réellement combattu moi-même, j’étais à la disposition du combat. A partir du moment où j’ai voulu diriger le combat, en analysant, en essayant de marquer, je me suis fait battre, parce que ma technique était inférieure à celle de mes adversaires. Donc il y a autre chose à rechercher dans la pratique martiale que la simple capacité technique.

 

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